LES MASTERS DE FEU

Compiègne - 08/09/2017

Plusieurs années après l'arrêt très regretté des Nuits de Feu de Chantilly, et après plusieurs rumeurs de reprise jamais concrétisées, une nouvelle compétition internationale de pyrotechnie dénommée "Les Masters de Feu" a enfin vu le jour dans la même région, plus précisément à l'hippodrome de Compiègne. Je n'avais malheureusement pas pu assister à la première édition en 2016 pour cause de conflit d'agenda, mais l'édition 2017 était planifiée depuis longtemps, d'autant plus qu'elle se déroulait la veille du Grand Feu de Saint-Cloud, l'occasion donc de combiner les deux histoire de terminer la saison pyro en beauté.

5 feux prévus au programme, pour plus d'1h de spectacle au total : un feu d'ouverture et un feu de clôture tirés par ArtEventia, et entre les deux, trois feux en compétition, tirés par Smart Pyrotechnics (UK), Nanos Fireworks (Grèce) et HC Pyrotechnics (Belgique), 3 sociétés que je n'avais jamais vu jusqu'ici. La soirée s'annonçait grandiose sur le papier, mais c'était sans compter sur la météo, qui est bien venue jouer les trouble-fête. Une pluie forte et continue était annoncée pour toute la soirée, et malheureusement les prévisions se sont révélées exactes. La pluie était de plus en plus forte au plus je me rapprochais de Compiègne, où je suis arrivé sous de véritables trombes d'eau, qui commençaient même à inonder le bord de certaines routes. Ca s'est légèrement calmé par la suite, mais elle continuera de tomber sans interruption pendant toute la soirée, avant de s'arrêter... à la fin du spectacle, comme le veut la loi universelle de la frustration.

Au vu des conditions je n'avais pris qu'un seul appareil, ne sachant même pas si je pourrais le sortir de sa housse. Pas de vidéo ce soir donc, mais j'espérais quand même pouvoir faire au moins quelques photos en guise de consolation. J'ignorais cependant que l'espace réservé aux photographes était couvert, ce qui était absolument indispensable ce soir pour pouvoir ramener quelques souvenirs.

C'est donc ArtEventia, société organisatrice de l'événement, qui entame la soirée avec un feu d'ouverture d'une dizaine minutes, avec entre autres quelques séquences de mono-coups assez réussies, et plusieurs bombes assez jolies dont certaines d'assez gros calibre. Les nombreux robots de lumière devant la zone de tir apportaient un petit plus assez sympa, et on distinguait très bien la pluie qui tombait à travers les faisceaux. Petite pensée pour le public se trouvant dans les zones non-couvertes, il fallait vraiment être motivé pour rester.

Première société en compétition : Smart Pyrotechnics, originaire du Royaume-Uni. Un feu avec une bonne synchro dans l'ensemble, de nombreux mono-coups et chandelles éventaillés, entre autres sur le premier tableau, et plusieurs produits assez sympas : petites fontaines colorées, bombes-parachutes, quelques pivoines de gros calibre à changement de couleur, des bombes crépitantes avec effet crossette à la fin, ou encore de belles bombes kamuro sur la fin. Quelques compacts étaient assez jolis également. Certaines rafales de mono-coups étaient assez impressionnantes, notamment une au début du feu, formée de pas moins de 10 éventails de comètes vert pâle (effet que l'on retrouvera encore vers la fin du feu, en rose cette fois). De même, la dernière salve de mono-coups tout à la fin, formant un grand arc-en-ciel sur toute la largeur de la zone de tir, était très jolie également.

Cela donne plutôt bien en photo, mais au niveau de l'écriture, il manquait peut-être un petit grain de folie ou d'originalité. Je ne dis pas pour autant que le feu était mauvais, loin de là. Ca reste de très bon niveau, supérieur à beaucoup de feux, mais dans le cadre d'une compétition internationale, on s'attend peut-être à voir des choses qu'on a moins l'habitude de voir ailleurs.

Petit bémol au niveau des bombes, qui n'étaient je trouve pas toujours assez éventaillées, ce qui fait qu'elles avaient un peu tendance à se superposer les unes sur les autres. J'ignore si c'était à cause de certaines restrictions au niveau de l'implantation des mortiers dans le règlement du concours, mais c'est un peu dommage, d'autant plus que ce n'est pas la place qui manque, ni les distances de sécurité qui font défaut sur un site comme celui-là.

Quant au thème imposé, à savoir "Les capitales européennes", on ne peut pas vraiment dire qu'il ait été vraiment respecté. Bon en même temps, personnellement c'est quelque chose auquel je ne prête pas trop attention. Le concept même de thème ne peut se traduire que par la bande-son, pas vraiment par le feu en lui-même de toutes façons. Et du moment que le feu est cohérent avec la musique, ça me convient très bien.

Deuxième concurrent de la soirée : la société grècque Nanos Fireworks. Un feu un peu moins conventionnel, avec pas mal d'effets et produits assez originaux, et de qualité pour beaucoup d'entre eux. En vrac : des bombes-pétales avec étoiles de différentes couleurs, des petites chrysanthèmes entouré d'un anneau finissant en mini marrons d'air, d'autres bombes similaires un peu plus tard mais où les étoiles de l'anneau se dispersaient aléatoirement dans un effet de sifflement, des comètes avec un effet serpentin un peu différent de ce qu'on a l'habitude de voir, plusieurs très belles bombes de gros calibre (150 voire peut-être 200mm) dont notamment de grosses pivoines dont les étoiles se dévoilaient progressivement d'un côté à l'autre, ou encore des gerbes de comètes vertes avec un effet crossette assez original, ressemblant un peu à des arbres (c'est du moins l'effet que ça m'a fait).

Plusieurs séquences assez originales également, comme par exemple des rafales de petits flashes verts, ou encore des rafales de bombes, faisant penser aux feux du Groupe F. A noter aussi une séquence de gerbes et de bombettes formant un arc-en-ciel à 4 couleurs. Rien de vraiment original jusque-là me direz-vous, à la différence près que les couleurs utilisées étaient dans des tons pastels, ce qui est assez peu ordinaire sur ce genre de séquence. Et puis à 3 reprises durant le feu, on a également eu droit à un tir de comètes formant un dessin vertical : d'abord un coeur, puis un dollar (sur la chanson "Money" de Pink Floyd, bien vu !), puis un smiley. C'est un effet que j'avais déjà vu en vidéo, mais jamais en vrai jusque-là. Le dessin n'était pas parfait, mais on devinait quand même de quoi il s'agissait, pour autant qu'on ne soit pas trop de profil et que l'on soit bien attentif, car ça va très vite ! Il aurait peut-être fallu utiliser des comètes montant un peu plus haut, car par rapport à ce que j'avais déjà vu sur des vidéos, j'avais l'impression que le motif se "tassait" un peu trop rapidement. Cela dit, ils ont eu le mérite de le faire, et ça reste un effet de style très peu ordinaire.

Le feu avait néanmoins aussi quelques défauts : une synchronisation des mono-coups pas toujours hyper-parfaite, par moments trop de bombes identiques consécutives, une séquence de bombe-smileys assez vide et inintéressante (c'est quand même un peu dépassé les bombes-smileys, surtout pour un concours !), et puis tout comme le feu des anglais, les bombes n'étaient clairement pas assez éventaillées. La plupart étaient tirées droites, et parfois on aurait même dit qu'elles avaient été légèrement inclinées pour exploser quasiment au même endroit (mais c'est peut-être juste une coincidence). C'est assez dommage, surtout pour les bombes de gros calibres, qui auraient été mieux mises en valeur si elles n'avaient pas explosé l'une sur l'autre.

Au niveau du thème, c'est probablement la société qui l'a le mieux respecté, même si je n'ai pas trouvé ça si exceptionnel que ça. La bande-son étant composée de différentes extraits musicaux de tous horizons, entrecoupés par des bruitages de changement de fréquence sur une vieille radio et de très courts passages évoquant un pays ou une ville. Ceci dit, pour le choix des musiques des différents tableaux, mis à part le célèbre thème du sirtaki, le reste ne m'évoquait pas spécialement une capitale européenne en particulier.

Troisième et dernière société en compétition : HC Pyrotechnics. Des compatriotes belges, dont j'ai souvent entendu parler mais que je n'avais encore jamais vu jusque-là. Le début de leur feu m'a pas vraiment convaincu. Le tout premier tableau était était très lent, sur fond d'un morceau issue de la BO d'Hunger Games de James Newton Howard, un très beau morceau avec une belle montée en intensité cela dit. Le manque de rythme aurait pu être compensé par une montée en intensité plus marquée de la pyro, en parallèle avec la musique, ou par des produits plus originaux, mais mis à part l'une ou l'autre bombe à la fin, c'était assez banal.

Le deuxième tableau était beaucoup plus rythmé, sur une musique de cirque (que je n'aimais pas trop par contre), avec entre autres de nombreux mono-coups, mais au niveau de l'originalité et de la beauté des produits, je reste un peu sur ma faim, mis à part pour 3 beaux compacts rafaleurs tout à la fin (que les anglais avaient aussi utilisé quelques minutes plus tôt). On repasse à un tableau plus lent ensuite, sur le thème d'Amélie Poulain, avec au début quelques mono-coups dont la synchronisation n'était pas parfaite, d'autant plus que je trouvais un peu étrange de mettre des mono-coups sur une séquence aussi lente.

On est presqu'à la moitié du feu, et celui-ci prend un tournant à 180°. Le rythme s'accélère, le feu monte en puissance, et les produits gagnent en qualité, avec notamment de magnifiques bombes-couronnes dont les couleurs étaient peu communes, et surtout d'une intensité remarquable, certaines en bleu et turquoise, d'autres en orange et rose. Un peu plus tard, on aura aussi droit à une superbe rafale de mono-coups avec pas moins de 3 changements de couleurs ! On n'est pas encore au niveau des produits japonais, mais c'est quand même assez rare d'avoir de beaux produits comme ceux-là dans nos contrées !

Le feu se poursuit avec de très belles chrysanthèmes or et coeur blanc clignotant, suivies par de grosses pivoines à changement de couleurs avec effet progressif, vraiment superbes également. Encore plusieurs bombes très intéressantes ensuite, et à la différence des deux feux précédents, elles étaient cette fois plus éventaillées, un bon point donc.

Quant au bouquet final, c'était de très loin le plus long et le plus intense parmi les 3 concurrents, couvrant une façade assez large, avec un grand nombre de bombes filet argent, comètes sifflantes, et une belle grosse salve de marrons d'air à la fin, histoire de d'en mettre plein la vue et les oreilles au public et aux membres du jury juste avant le vote (peut-être un choix stratégique, mais judicieux je dirais). Pour le respect du thème par contre, même constat que pour les anglais, c'était totalement hors-propos.

Et c'est ArtEventia qui clôturera la soirée avec un dernier feu d'une quinzaine de minutes, composé entre autres de pas mal de bombes de gros calibre, dont une très belle kamuro tout au début. Plusieurs autres bombes très sympas dans la suite du feu, dont notamment des pivoines composées d'un très petit nombre d'étoiles multicolores, mais aux couleurs très vives. Le reste du feu était un peu plus conventionnel mais très réussi tout de même.

Le dernier bouquet final de la soirée fut quant à lui à la hauteur de l'événement, le plus gros parmi les 5 feux. Et on a pu notamment y voir pour la troisième fois les mêmes compacts rafaleurs déjà utilisés sur les feux de Smart Pyrotechnics et HC Pyrotechnics ! Un coup de hasard probablement, mais c'est vrai qu'ils sont très jolis ! La toute dernière salve était très sympa, avec, outre les marrons d'air, une dernière très grosse chrysanthème, histoire de terminer la soirée en beauté !

Au terme de la soirée, après quelques minutes de délibération, les résultats sont dévoilés : Nanos Fireworks remporte le prix du jury, tandis que HC Pyrotechnics remporte le prix du public. Leur gros bouquet final y est surement pour quelque chose. On dit souvent qu'un bon bouquet final peut rattraper un feu médiocre. Attention, je ne dis pas que leur feu était mauvais, mais comme je le disais plus haut, c'était probablement un bon plan de terminer par un gros bouquet très intense, dans le cadre d'un concours où le vote du public compte. C'est la dernière image que les gens gardent en tête, d'autant plus que dans le cas présent, c'était juste avant le vote.

Parmi mes nombreux collègues photographes et artificiers présents sur place, le choix se portait majoritairement sur HC également, suivi de près par Nanos. Personnellement j'avais une préférence pour Nanos, ne serait-ce que pour leur constance dans l'originalité des produits tout au long du feu. Il y avait de très belles choses dans le feu de HC, et leur bouquet final était bien plus impressionnant que celui de Nanos, mais ce qui fait pencher la balance, c'est qu'il a fallu attendre presque la moitié du feu avant que ça ne devienne réellement intéressant. Pas de prix pour Smart Pyrotechnics, mais ça n’enlève rien à la qualité de leur feu néanmoins.

Une très bonne soirée donc au final, et le moins qu’on puisse dire c'est que ça fait vraiment plaisir de retrouver enfin un nouveau concours international digne de ce nom dans la région. Ca n'a pas (encore) le prestige ni la dimension qu'avaient les Nuits de Feu de Chantilly à l'époque, mais la qualité est là, indéniablement. L'organisation est très professionnelle également, et la présentation du concours était digne d'une compétition sportive passant en prime-time sur une grande chaîne de télé.

Quant à la météo, même si la pluie ne s'est arrêtée qu'une fois le spectacle terminé, elle n'a heureusement pas eu d'impact notable sur les différents feux, ce qui est tout de même assez remarquable. Et alors qu'on plaisantait avant le spectacle quant au fait qu'on allait tous avoir les mêmes photos de fumée à cause de l'humidité, au final on a eu beaucoup de chance à ce niveau-là, car la visibilité est restée très bonne durant toute la soirée, étant donné que la fumée s'évacuait relativement bien, et dans la direction opposée au public en plus.