LE GRAND FEU

Saint-Cloud - 12/09/2015

Après une dizaine de feux lors des 7 dernières semaines, le moment est venu de clôturer la saison pyro estivale 2015, avec le Grand Feu de Saint-Cloud. Je n’étais initialement pas sensé y aller pour cause de conflit d’agenda, mais le concert prévu avec mon groupe ayant été annulé en dernière minute, j’ai finalement changé les plans 2 jours avant. J’ai tout de même attend la dernière minute avant d’acheter un ticket, car les prévisions météo n’étaient guère rassurantes, mais j’ai finalement pris le risque. Le matin du jour J, les différents sites s’accordaient tout de même sur le fait que la pluie devait cesser aux alentours de 17h et que la soirée serait plus dégagée.

J’arrive dans la banlieue de Paris vers 17h45... dans des conditions apocalyptiques : trombes d'eau, embouteillages plusieurs kilomètres avant Paris, autoroute et périphérique complètement inondés par endroits... Je garde espoir en me disant qu’il vaut mieux que tout tombe maintenant plutôt qu’en soirée. Il me faudra environ 1h30 pour rejoindre l’autre bout de Paris, mais bonne nouvelle : il ne pleut plus !

19h30, je suis sur le site, un peu boueux par endroits. Le public arrive petit à petit, mais on sera vraisemblablement loin du "sold out" ce soir. A 2 reprises, je suis surpris par des tirs soudains de mono-coups à l’avant de la zone de tir, sans raison apparente. C’est d’autant plus étrange que lorsque j’étais sorti de ma voiture au parking, j’avais déjà entendu des explosions en provenance du site, qui correspondaient probablement à un chapelet de bombes. J’ignore si c’était voulu ou pas, j’espère que oui sinon ça voudrait dire qu’il y a peut-être un problème d’instabilité avec le système de tir.

20h15, le ciel s’est bien dégagé, mais une chose m’inquiète : l’humidité et l’absence totale de vent. Un premier marron d’air explose pour annoncer le début du feu qui doit commencer dans 3/4h. Un seul petit marron d’air, et pourtant la fumée qu’il aura généré mettra plusieurs minutes avant de disparaître totalement. Ca n’annonce rien de bon pour la suite.

21h, alors que Patrick Joly (l'organisateur) est entrain de faire son petit discours d'introduction, voilà que plusieurs bombes explosent une à une. A priori il s'agissait d'une petite blague des artificiers afin de l'empêcher de faire son discours ! J'ignore si c'était vrai ou pas, mais suite aux 2-3 produits partis sans raison un peu plus tôt, je commence à me demander sérieusement s'il n'y pas réellement un problème technique avec le système de tir. Ca paraissait un peu bizarre quand même.

Quelques minutes plus tard, le spectacle commence, avec comme chaque année une première partie à connotation historique évoquant tout d'abord le 500° anniversaire de la bataille de Marignan. Et pour célébrer cet anniversaire, on commence avec pas moins de 500 marrons d'air. Jusque là, tout va encore bien... mais quelques instants plus tard, lorsque le 2° tableau débute, on se rend compte que les marrons ont déjà très fortement enfumé le site, et ce après seulement 1 minute de feu ! La preuve en images :

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En l’espace de quelques minutes seulement, la soirée vire au désastre. La fumée que je redoutais tant ne cesse de s'accumuler. Il n'aura fallu que très exactement 12 minutes pour que le pas de tir ne soit littéralement englouti dans un nuage très opaque ne laissait plus transparaître aucun effet. Les pauses avec les passages parlés entre les tableaux, qui d'habitude ont l'avantage de laisser la fumée s'évacuer, n'auront été ici d'aucun secours.

A la fin du 4° tableau, après moins d'1/4h de feu, Patrick Joly prend la parole et annonce une interruption de quelques minutes pour laisser la fumée s'évacuer. Ce sera la première d'une longue série, mais c'était vraiment nécessaire, car on ne voyait réellement plus rien du tout. Je n'avais jamais vu une situation aussi catastrophique. On s’était plaint de l’abondance de fumée une semaine avant aux Nuits de Sologne, mais c’était encore bien pire ici étant donné qu’on ne voyait vraiment plus rien.

Les nombreux jets et effets de cascade utilisés n'auront pas aidé bien sûr, mais la cause première est avant tout l'absence totale de vent, et une humidité incroyable. Ca fait quelques années maintenant que j’assiste à de nombreux feux, mais je n’ai jamais ressenti une humidité pareille. Mes trépieds et mon sac étaient trempés. Quant à mes appareils, j’étais obligé de les essuyer en quasi permanence.

Les 3 photos suivantes témoignent très bien de la buée qui se formait presque instantanément sur mon objectif. Pour vous donner une idée, il n'y a environ qu'une minute de différence entre la première et la troisième photo...

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Quelques minutes plus tard, la fumée s'est plus ou moins évacuée, le feu repart, avec un tableau très sympa composé de soleils et d'une multitude de comètes bleues. Malheureusement le plaisir ne sera que de très courte durée. Le tableau durait 3 minutes, au bout desquelles le site s'est de nouveau retrouvé dans un épais nuage noir. Nouvelle interruption...

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Et on continuera au même rythme jusqu'à la fin de la soirée, à raison d'une pause tous les 2 ou 3 tableaux, ce qui fait qu'il y aura eu au final quasiment autant de temps de pause que de spectacle. Ce n'était pas "Le Grand Feu de Saint-Cloud" ce soir mais plutôt "Le Grand Smog de Saint-Cloud". Dans la régie Patrick Joly semble dépité et ne sait plus quoi faire pour "meubler" entre les tableaux. Il passe la parole à Jean-Eric Ougier, que l'on peut remercier pours ses talents d’improvisation. On aura à peu près tout eu : des explications sur les feux et le spectacle, des blagues, des messages un peu taquins reçus par sms, un joyeux anniversaire, et même une demande en mariage ! C’était assez surréaliste ! L'ambiance était bon enfant, le public très réceptif avait l'air de prendre la situation avec humour, ce qui était sans doute la seule chose que l'on pouvait faire de toutes façons.

Je ne parlerai pas beaucoup du feu en lui-même, car la perception de celui-ci était complètement tronquée par la fumée. On le "devinait" plus qu'on ne le voyait. Et c'est très regrettable, car je pense que si les conditions avaient été optimales, il aurait été très bon. En tout cas ça ne me dérangerait pas d'avoir exactement le même feu en 2016, juste histoire de pouvoir vraiment l'apprécier dans de meilleures conditions. Le côté visuel étant gâché, on a quand même pu profiter du côté olfactif (aaaah l'odeur de la poudre !) et sonore, avec comme toujours une très bonne bande-son.

Un point remarquable tout de même : contrairement aux autres années, il y avait très peu de bengales pour mettre le site en valeur. Je me suis demandé si des lignes avaient été coupées en dernière minute pour essayer de limiter la fumée, mais d'après un des artificiers ayant participé au montage, il s'agissait bien d'une volonté d'utiliser moins de bengales...

... au profit de mono-coups ! On a en effet eu deux séquences de rafales de mono-coups, très synchros avec la bande-son, à l'avant de la zone de tir ainsi que de part et d'autre de la Grande Cascade, ce qui donnait un effet à la fois de largeur et de profondeur. Ca faisait des années que je disais que c'était vraiment quelque chose qui manquait dans un feu de cette envergure, autant dire que j'étais donc ravi ! Il y a eu encore plusieurs autres mono-coups durant le reste du show, bien qu'apparemment, certains ne soient pas partis car ils se trouvaient sur des lignes de cascades, qui avaient été débranchées un peu à l'arrache pour tenter de limiter la fumée.

A noter que j'ai eu une petite frayeur à un moment lorsqu'on a aperçu plusieurs bombes explosant au sol l'une après l'autre, derrière le bosquet de droite. Apparemment il y aurait eu un souci avec un marron d'air qui aurait explosé dans un mortier. J'ai eu peur que ça se propage en impactant d'autres mortiers, mais ça s'est heureusement arrêté après 5-6 bombes.

Ci-dessous les quelques rares photos de la deuxième partie du feu, prises en général pendant les débuts de tableau après les pauses, lorsque la fumée était un peu moins présente. Malgré ça, ce ne sera pas la meilleure série de l'année...

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Le pré-bouquet le le bouquet final dureront au total plus de 6 minutes ! Cela a commencé avec plusieurs salves monochromes de pivoines et de queues de paons, successivement en violet, bleu, vert, jaune, orange et rouge. Les couleurs se sont ensuite mélangées, mais la fumée avait déjà tout envahi, on ne voyait quasiment plus rien, alors qu'on n'était même pas encore à la moitié du bouquet. Elle ne laissait transparaître que quelques taches de couleurs qui alternaient, formant comme une sorte de palette de peintre un peu floue et animée.

A vrai dire, je trouvais que l'effet n'était encore pas si mal que ça en fait ! Ca donnait un côté un peu mystérieux, on se demandait ce qu'il y avait derrière le mur de fumée. D'ailleurs je trouve que les photos ci-dessous ne sont pas si inintéressantes que ça, ça leur donne un petit côté original !

Le reste du bouquet était je pense composé de pivoines multicolores, mais je ne peux vraiment pas en dire plus, ni sur les effets, ni sur la montée en puissance au niveau visuel, étant donné qu'on ne voyait quasiment plus rien si ce n'est un nuage de fumée qui clignotait...

La seule chose que je peux dire, c'est que le bouquet s'est terminé avec 3 salves de marrons d'air très, très intenses, surtout la dernière !! C'est comme si le sol tremblait sous la puissance des déflagrations ! C'était bref, mais vraiment impressionnant. Je crois que je n'avais jamais eu de salve aussi puissante, même sur le bouquet du feu de Genève qui est pourtant une référence !

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Pas mal de gens étaient déjà partis avant la fin (ce qui peut se comprendre), mais le public encore sur place applaudit avec un réel enthousiasme, malgré les conditions de visibilité déplorables, histoire de saluer le travail des 30 artificiers qui ont bossé pendant une semaine sur ce feu. Condoléance à eux, ça doit être juste horrible de voir tout son travail complètement gâché ainsi par les conditions météo.

Il est quasiment minuit lorsque le feu se termine, après environ 1h30 de feu (et de fumée), et à peu près la même chose d'interruptions. La visibilité sur le site est réduite à quelques mètres seulement, et en re-traversant le pont de Sèvres, on pouvait constater que toute une partie de la ville semblait avoir complètement disparu dans un nuage noir très opaque. C'était une image vraiment impressionnante...

Seul point positif dans toute cette histoire : le temps pour trier les quelques rares photos que j'ai prises : delete, delete, delete, delete... Quasiment rien d'exploitable, je n'ai gardé les quelques photos ci-dessus que pour montrer l'ampleur du désastre. Idem avec la vidéo, où j'ai condensé uniquement les passages les plus "visibles", à l'exception du bouquet final, que j'ai laissé entièrement (il commence à 24'40 dans la vidéo ci-dessous).

Liens vidéo : Youtube - Vimeo

En 2014, la pluie avait gâché pas mal de feux dans mon agenda (pas moins de 5 feux sous la pluie). Je m'étais dis que 2015 ne pourrait pas être pire, mais c'est raté. Cette année aura décidément été une année maudite au niveau de la fumée. Je crois que j'aurais encore préféré de la pluie. C'est d'autant plus rageant que ce sont tous les plus grands feux qui en auront souffert : Oensingen, Annecy, Genève, Nuits de Sologne, et en guise de bouquet final : Saint-Cloud. Je préfère ne pas faire de prédiction pour 2016, mais j'espère franchement que les conditions seront meilleures (et au moins ne plus jamais vivre un feu dans de telles conditions !)

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